Quand les jeux de pouvoir détruisent les organisations
- Valérie Varnhagen

- 22 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 févr.

Talents invisibles, comportements toxiques et responsabilité collective
Il faut avoir le courage de le dire.
Dans de nombreuses organisations, les difficultés humaines ne relèvent pas uniquement de fragilités individuelles, de manque de compétences ou de résistance au changement.
Elles sont le produit de jeux de pouvoir, de déséquilibres relationnels, et de choix implicites que les structures acceptent — parfois consciemment, parfois non.
Ce que l’on observe alors n’est pas un dysfonctionnement ponctuel, mais un système qui finit par s’auto-saboter, au prix de l’humain, de l’énergie et, à terme, de la performance elle-même.
Les talents invisibles : ceux qui soutiennent sans bruit
Dans presque toutes les organisations, il existe des personnes profondément engagées.
Elles portent bien plus que leur rôle.
Elles :
régulent les tensions sans qu’on leur demande,
maintiennent le cadre quand il se fissure,
absorbent les dysfonctionnements pour que « ça tienne »,
prennent sur elles pour préserver le collectif.
Elles ne font pas de bruit.
Elles ne cherchent pas la lumière.
Elles ne jouent pas avec le pouvoir.
Elles sont loyales, fiables, humaines, responsables.
Et pourtant, ce sont souvent elles qui s’épuisent.
Non parce qu’elles seraient faibles.
Mais parce qu’elles compensent en silence ce que l’organisation ne régule pas.
Quand l’ambition devient prédatrice
À l’inverse, certaines personnes savent parfaitement naviguer dans les zones de pouvoir.
Elles occupent l’espace.
Elles se rendent visibles.
Elles savent se rendre indispensables.
Dans certains cas, elles avancent en :
captant le travail des plus compétents,
utilisant la loyauté ou l’engagement des autres,
neutralisant toute personne susceptible de les faire de l’ombre.
Lorsque ces profils lumineux, compétents ou profondément humains deviennent trop visibles, trop aimés ou trop influents, la peur s’installe.
Et quand la peur prend le dessus, la logique n’est plus celle du bien de l’organisation, mais celle de la préservation du pouvoir individuel.
L’éviction devient alors une option.
Rarement assumée comme telle.
Souvent maquillée en « problème organisationnel ».
Ce n’est pas toujours conscient.
Mais ce n’est jamais neutre.
Ce que l’on laisse faire est déjà un choix
Il est essentiel de regarder le rôle des structures elles-mêmes.
Certaines organisations maintiennent en place des comportements profondément toxiques.
Non par ignorance.
Mais parce que ces personnes sont perçues comme :
stratégiques,
politiquement habiles,
utiles à court terme.
Le message implicite devient alors clair :
❥ Faire du bruit protège.
❥ Soutenir en silence expose.
Progressivement, la culture se déforme.
On valorise :
la posture plutôt que la contribution,
la visibilité plutôt que la fiabilité,
l’ego plutôt que le sens du collectif.
Et l’organisation commence à fonctionner contre ses propres forces vives.

Assainir une organisation : une condition, pas une option
Assainir une organisation ne signifie ni exclure toute différence,
ni rechercher l’uniformité.
Assainir, c’est :
poser un cadre clair,
nommer les jeux de pouvoir,
aligner les comportements avec les valeurs affichées.
Une organisation ne peut fonctionner durablement lorsque :
les logiques individuelles sont incompatibles,
le sens du collectif est sacrifié,
les règles implicites protègent le pouvoir plutôt que l’humain.
Là où aucun socle commun n’est incarné,
les jeux de pouvoir deviennent inévitables.
Non parce que les personnes seraient « mauvaises »,
mais parce que le cadre laisse cohabiter des logiques incompatibles.
Le coût invisible pour l’organisation
À court terme, ces systèmes peuvent sembler tenir.
À long terme, ils produisent :
une perte de confiance,
une fuite des talents solides,
un appauvrissement de l’intelligence collective,
une organisation qui fonctionne au prix de l’humain.
Car ce qui fait réellement la solidité d’une structure n’est ni le bruit, ni la domination, ni la compétition interne.
C’est :
la qualité du lien,
la clarté du cadre,
la reconnaissance de celles et ceux qui soutiennent l’ensemble.
Recruter et travailler par ADN, pas uniquement par compétences
Une organisation saine n’attire pas seulement des compétences.
Elle attire des personnes qui partagent :
une vision,
un sens du collectif,
une responsabilité humaine.
Ce n’est pas une question de diplômes.
C’est une question d’ADN.
Lorsque des personnes profondément humaines sont placées dans des cadres incohérents ou dominés par des jeux de pouvoir, elles s’éteignent.
Lorsqu’elles travaillent ensemble, dans un cadre juste, elles redeviennent des forces vivantes.
Rendre l’invisible visible
Le rôle du travail humain et organisationnel n’est pas de lisser, réparer ou masquer.
Il est de rendre visible ce qui agit dans l’ombre.
Faire remonter ce qui dérange.
Nommer ce qui bloque.
Nettoyer ce qui empoisonne.
Non pour créer des coupables.
Mais pour permettre à l’organisation de repartir sur des bases saines.
C’est à cette condition seulement que l’énergie peut à nouveau circuler.
Et que l’humain cesse de payer le prix du silence.
Une organisation qui ne sait reconnaître que ce qui fait du bruit finit toujours par perdre ce qui la rend réellement solide.
Les jeux de pouvoir ne sont pas un accident, ils émergent là où la gouvernance est floue.
Là où l’autorité n’est pas explicitement assumée.
Là où le cadre laisse coexister des logiques incompatibles.
Tant que la structure ne clarifie pas ces points,l’organisation reproduira les mêmes dynamiques,quels que soient les profils recrutés.
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