Une entreprise n’est pas seulement ce qu’elle fait. Elle est aussi la manière dont elle le fait.


Quand je parle de la fréquence d’une entreprise, je sais que cela peut sembler un peu abstrait. On pourrait me demander ce que cela veut dire concrètement, dans une entreprise, lundi matin.
Eh bien, pour être franche, pas grand-chose. Parce qu’avant de chercher cette fréquence dans votre entreprise, il va falloir commencer par aller la chercher en vous.
Vous avez probablement créé votre entreprise à partir de ce que vous saviez faire. Un métier, des compétences, une idée, quelque chose que vous aviez envie de proposer ou peut-être simplement une opportunité qui s’est présentée. Puis vous avez trouvé des clients, développé une offre, recruté, grandi, structuré tout cela comme vous avez pu et, quelques années plus tard, vous vous retrouvez avec une entreprise qui a sa propre histoire.
Mais au moment de la créer, est-ce que vous vous êtes réellement demandé quelle entreprise vous aviez envie de faire exister ?
Je ne parle pas de ce qu’elle allait vendre. Je parle de la manière dont vous aviez envie de la vivre.
Quel rapport vouliez-vous avoir avec vos clients ? Comment vouliez-vous travailler avec les personnes qui vous rejoindraient ? Quelle ambiance aviez-vous envie de créer ? Comment vouliez-vous prendre les décisions, exercer le pouvoir, gagner de l’argent ? À quoi vouliez-vous que les journées ressemblent, y compris les vôtres ?
Ce sont des questions qui peuvent paraître secondaires lorsqu’on démarre une entreprise. Il faut vendre, trouver des clients et payer les factures. Je le comprends très bien.
Sauf qu’avec le temps, toutes ces questions auxquelles on n’a pas répondu finissent quand même par recevoir une réponse.
L’entreprise répond à notre place.
Une pizzeria n’est jamais juste une pizzeria
Les études de concurrence me font parfois sourire pour cette raison.
Imaginons trois pizzerias. Sur le papier, elles font exactement la même chose. Elles vendent des pizzas et, si elles sont installées dans la même ville, nous allons probablement considérer qu’elles sont concurrentes.
Maintenant, regardons les personnes qui les ont créées.
La première a peut-être surtout vu une bonne opportunité économique. Ce qui l’intéresse, c’est d’avoir un modèle qui tourne bien, des coûts maîtrisés et une marge correcte. Elle n’est pas spécialement passionnée par la cuisine et ce n’est pas grave. Ce qu’elle aime, c’est le business.
La deuxième a passé sa vie à voyager. Elle adore la cuisine, les mélanges, les cultures différentes et va peut-être inventer des pizzas créoles, cubaines ou je ne sais quoi encore parce que c’est cela qui l’amuse.
Et la troisième est un gourmet absolu. Elle connaît ses producteurs, veut des produits locaux d’une qualité exceptionnelle et peut probablement devenir légèrement obsessionnelle lorsqu’il s’agit de choisir la bonne huile d’olive.
Alors oui, les trois vendent des pizzas.
Mais elles ne construisent pas du tout la même entreprise.
Elles n’auront probablement pas les mêmes clients, les mêmes collaborateurs, les mêmes prix, les mêmes lieux, la même décoration, la même manière de recevoir, les mêmes exigences ni la même façon de parler de leur métier.
C’est exactement cela que j’essaie de dire lorsque je parle de fréquence.
Nous avons pris l’habitude de définir une entreprise par ce qu’elle fait. Moi, j’ai envie d’ajouter une deuxième question : comment le fait-elle ?
Parce que c’est souvent là que son identité commence vraiment à apparaître.

Les valeurs ne suffisent pas à répondre à cette question
On a énormément parlé de valeurs ces dernières années. Et je ne dis pas qu’elles ne servent à rien.
Mais si je vous demande quelles sont les valeurs de votre entreprise, il y a de fortes chances que vous sachiez quoi me répondre. Peut-être même qu’elles sont déjà écrites sur votre site ou quelque part dans vos bureaux.
Le problème, c’est que nous savons aussi très bien quelles valeurs une entreprise est censée avoir aujourd’hui. L’humain, la confiance, la responsabilité, l’innovation, l’autonomie… nous connaissons la musique.
Moi, j’ai envie d’aller un peu plus loin.
Qu’est-ce que vous portez réellement ?
Pas ce que vous pensez qu’un bon dirigeant devrait porter. Pas ce qui ferait bien sur votre site. Pas ce qui plairait au plus grand nombre.
Vous.
Qu’est-ce qui est tellement important dans votre manière de voir une entreprise que vous n’avez pas envie de le négocier ? Quel rapport avez-vous réellement à l’argent, au travail, à la qualité, aux personnes, au temps ? Qu’est-ce que vous avez envie d’incarner dans ce que vous construisez ?
Et surtout : est-ce que votre entreprise transpire réellement cela aujourd’hui ?
Parce qu’on peut parler énormément de confiance et construire une organisation dans laquelle personne n’ose prendre une décision sans demander l’autorisation. On peut afficher l’humain partout et avoir des pratiques qui racontent exactement l’inverse.
À la fin, l’entreprise dit toujours quelque chose. La question est de savoir si ce qu’elle dit ressemble encore à ce que son dirigeant voulait dire.
Alors, parfois, je préfère tout effacer
Si vous me dites que vous ne savez plus très bien ce que vous portez, je ne commencerais probablement pas par vous faire travailler sur cinq nouvelles valeurs.
Je vous dirais plutôt : revenons au point zéro.
Pendant un moment, oubliez votre entreprise.
Oubliez les bureaux, l’organigramme, les collaborateurs qui sont là depuis quinze ans, les clients, les habitudes, les contraintes et surtout tous les « oui, mais chez nous ce n’est pas possible ».
Imaginez qu’il n’y ait plus rien.
Et maintenant, racontez-moi l’entreprise idéale pour vous.
Pas l’entreprise idéale selon un livre de management. La vôtre.
Comment est-elle ? Où est-elle ? Comment sont les lieux ? Qu’est-ce qu’on ressent lorsqu’on y entre ? Comment les gens travaillent-ils ensemble ? Comment parle-t-on aux clients ? Comment les décisions se prennent-elles ? Quelle est la gouvernance ? Qu’est-ce que les personnes peuvent décider seules ? Quelle place occupez-vous là-dedans ?
Je pourrais même vous demander à quoi ressemblent les murs.
Et non, je ne me suis pas soudainement reconvertie dans la décoration d’intérieur.
Simplement, tout raconte quelque chose. Quelqu’un qui rêve d’un grand lieu ouvert, vivant, où les gens circulent et se rencontrent ne me raconte probablement pas exactement la même entreprise que quelqu’un qui imagine des espaces très calmes, beaucoup d’intimité et peu de bruit.
Je ne cherche pas à savoir lequel a raison.
Je cherche à comprendre quelle entreprise vous fait vibrer, vous.
C’est là que le dirigeant devient le diapason

Quand je dis que le dirigeant est le diapason de l’entreprise, je ne veux pas dire qu’il doit créer une entreprise remplie de personnes qui lui ressemblent. Ce serait assez terrifiant, d’ailleurs.
Le diapason donne une fréquence de référence. Il ne joue pas toute la musique et il ne demande pas à tous les instruments de produire le même son.
C’est pareil dans une entreprise. Vous pouvez avoir quarante personnes radicalement différentes qui se retrouvent autour de quelque chose qui fait sens pour elles.
Prenez un concert. Il peut y avoir des milliers de personnes dans la salle qui n’ont ni le même âge, ni le même métier, ni le même caractère, ni la même vie. Elles ne se ressemblent pas. Pourtant, quelque chose les a toutes amenées là.
Elles ont envie d’écouter cette musique.
C’est cela, pour moi, la résonance. Pas la ressemblance. Il y a une fréquence de base, quelque chose qui nous réunit, et ensuite toute la diversité possible à l’intérieur.
Et nous faisons déjà cela partout dans notre vie
C’est probablement ce qui me surprend le plus.
Dans notre vie personnelle, nous savons parfaitement que nous ne pouvons pas être amis avec tout le monde. Il y a des personnes que nous rencontrons et avec lesquelles nous avons immédiatement envie de continuer la conversation. Et puis il y en a d’autres… elles n’ont encore rien fait, elles n’ont même parfois presque pas parlé, mais nous savons déjà que ça va être compliqué.
C’est humain.
Nous choisissons les personnes avec lesquelles nous avons envie de passer du temps, les lieux dans lesquels nous nous sentons bien, la musique que nous aimons, les restaurants dans lesquels nous revenons.
Et puis nous arrivons au travail et, là, bizarrement, il faudrait que tout cela disparaisse.
On recrute quelqu’un parce qu’il possède les bonnes compétences, on vérifie quelques valeurs, on lui explique comment l’entreprise fonctionne et ensuite, si cela ne marche pas, on cherche comment améliorer la communication, renforcer la cohésion ou apprendre aux personnes à mieux travailler ensemble.
Parfois, bien sûr, c’est nécessaire. Mais parfois aussi, ces personnes ne sont simplement pas faites pour travailler ensemble dans cette entreprise-là.
Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant à le dire.
Plus une entreprise est elle-même, plus elle permet aux autres de choisir
Imaginez une entreprise qui joue du métal.
Pas littéralement huit heures par jour dans les bureaux, sinon même les amateurs risquent de finir par demander grâce. Mais vous voyez l’idée.
Si tout dans cette entreprise correspond à cet univers, quelqu’un qui déteste profondément cette musique pourra probablement s’adapter pendant quelque temps. Il peut même être très compétent. Mais au bout d’un moment, il risque de penser : « Je n’en peux plus d’être là. »
Et quelqu’un d’autre va découvrir exactement la même entreprise et se dire : « Putain, mais j’ai envie d’y aller. »
Ce n’est pas de la pensée magique. C’est ce qui se passe dans la vie tous les jours.
Plus nous assumons clairement qui nous sommes, plus certaines personnes se rapprochent et plus d’autres savent que ce n’est pas pour elles.
Le problème commence lorsque l’entreprise ne fait pas cela et cherche plutôt à savoir ce qu’elle devrait montrer pour plaire au plus grand nombre.
Là, on ne part plus de son identité. On fabrique quelque chose.
On choisit les bons mots, les bonnes valeurs, les bonnes images, le discours qui va attirer les candidats ou les clients que l’on souhaite. Cela peut être extrêmement bien fait.
Mais si ce que l’on montre n’a pas grand-chose à voir avec ce que les personnes vont réellement vivre une fois à l’intérieur, je ne vois pas cela comme de la résonance.
Je vois surtout deux personnes qui vont finir par découvrir qu’on leur a vendu autre chose.
Et si l’entreprise que vous imaginez ne ressemble plus du tout à la vôtre ?
C’est évidemment possible.
Vous faites l’exercice du point zéro, vous me racontez l’entreprise dans laquelle vous auriez profondément envie de travailler aujourd’hui et, à un moment, vous vous arrêtez.
« Merde. Ce n’est pas du tout l’entreprise que j’ai. »
D’accord.
Mais peut-être qu’elle correspond totalement à l’entreprise que vous aurez demain.
Et je crois que c’est là que l’exercice devient réellement intéressant.
Cela ne veut pas dire que vous vous êtes trompé pendant quinze ans. L’entreprise que vous avez aujourd’hui est peut-être exactement celle qu’il fallait construire à l’époque.
Elle a aussi grandi, pris des chemins, intégré des personnes, répondu à des contraintes. Et pendant ce temps-là, vous avez évolué.
La question n’est donc pas forcément de savoir comment retrouver l’entreprise d’avant.
Elle est peut-être de savoir quelle entreprise vous avez envie de construire maintenant.
Bien sûr, vous n’allez pas mettre quarante personnes dehors, repeindre les murs et changer toute votre organisation lundi matin parce que vous avez eu une révélation le dimanche soir.
Mais au moins, vous avez une direction. Et c’est cela qui m’intéresse lorsque je parle de fréquence chez LHŪME.
Ce n’est pas quelque chose que l’on invente pour rendre une entreprise plus attractive. C’est quelque chose que le dirigeant va d’abord chercher en lui, puis qu’il va progressivement rendre vivant dans tout ce que l’entreprise est et dans tout ce qu’elle fait.
Son produit, ses clients, ses décisions, ses prix, ses relations, ses lieux, son management, ses exigences, son rythme, sa manière de parler et de se montrer.
Et quand tout cela commence à raconter la même histoire, alors oui, quelque chose devient reconnaissable.
Certaines personnes auront envie d’en être.
D’autres pas.
Et c’est très bien comme ça.
Valérie VarnhagenFondatrice & dirigeante de LHŪME®
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